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Entraxe réglable

10 Avril 2014 , Rédigé par avironpassion.over-blog.fr Publié dans #études

Entraxe réglable sur un bateau d’aviron armé en couple

Casse-tête insurmontable ou simple problème de physique de l’aviron ?

 

1- Les hypothèses et paramètres à considérer pour régler correctement l’entraxe du bateau :

 

1.1. – le rameur est un organisme évolutif : il grandit, se muscle et progresse techniquement ;

 

1.1.1 - La problématique du réglage de l’entraxe suppose de considérer en préalable dans quel ordre s’opère cette évolution.

- la taille du rameur : la notion de taille a une incidence sur « l’envergure naturelle » ; de grands bras vont permettre une grande ouverture des avirons sur l’avant ; de grandes jambes vont permettre une grande amplitude sur l’arrière ; par simplification un rameur est supposé du fait de sa croissance passer d’une petite à une grande taille ; au cours de sa carrière le rameur peut grandir ;

 

- la puissance du rameur : un rameur jeune ou non entrainé possèdera peu de puissance ; l’entrainement et/ou la musculation vont lui permettre d’augmenter sa puissance ;

 

- la technique : un rameur débutant ne va pas posséder la technique du geste, et notamment « la passée » des mains ; il aura tendance à faire de la barque et/ou à faire gîter le bateau en tirant verticalement sur les dames de nage ; un bon technicien ne perturbera pas l’équilibre du bateau lors de la « passée » (passage des mains)

 

1.1.2 – la valeur des paramètres :

 

La taille                                                petit (E)               -              grand (G)

La puissance                                     faible (F)             -              puissant (P)

La technique                                     débutant (D)     -              technicien (T)

 

Soit à rechercher pour un rameur, l’incidence sur le réglage de l’entraxe de la modification de l’un des trois paramètres (les deux autres étant supposés constants).

 

Par simplification, un paramètre est supposé pouvoir prendre une des deux valeurs proposés.

 

L’introduction d’une valeur moyenne ne change rien au raisonnement ; elle ne fait que multiplier le nombre des cas de figure à étudier.

 

1.1.3 - Les ordres possibles dans l'évolution du rameur :

 

Taille / puissance/ technique                                                                                                  

Taille/ technique / puissance                                   

Puissance/ taille / technique    

Puissance / technique / taille

Technique / taille/ puissance

Technique / puissance / taille

 

1.2 – les profils extrêmes

 

1.2.1 – le profil de départ : le rameur benjamin débutant (EFD)

 

Le rameur benjamin débutant est probablement petit, faible et débutant.

 

Il ne possède pas des bras et des jambes suffisamment longs pour, naturellement, « ouvrir » les avirons sur l’avant et dégager avec facilité sur l’arrière; l'amplitude morphologique naturelle du geste est courte, il rame "court" et de surcroit il ne possède pas suffisamment de force pour emmener de petits bras de levier.

 

La solution consiste à lui associer une entraxe maximale, afin de lui permettre de repousser un peu son cale-pieds, afin qu'il puisse aller un peu plus sur l'avant, tout en augmentant le plus possible son BLI ; le pauvre gamin rame dans l’inconfort avec un recouvrement énorme ; ce n’est qu’à ce prix qu’il parvient à propulser le bateau ; aïe mes doigts le gamin ne maîtrise pas encore la technique, il se coince les doigts, il est encore novice.

 

Au fil des mois, le gamin assidu, apprend (technique)  le geste et ne se coince plus les doigts ; il n’est toutefois pas encore un bon technicien.

 

La croissance (taille / puissance) n’est pas encore au rendez-vous, l’entraxe ne sera pas modifiée tant qu’il n’aura pas forci ou pris quelques centimètres.

 

1.2.2 – le profil idéal du rameur : le technicien grand et puissant (GPT)

 

Nous retrouvons notre rameur quelques années plus tard ; il a grandi, bien grandi, le voici a plus de 1m90 ; il s’est entraîné dur, avec sérieux et assiduité ; il est puissant, son geste est quasi parfait.

 

Cela fait longtemps qu’il n’a plus besoin de recourir au subterfuge de l’entraxe pour ramer long, ses grands bras et ses grandes jambes lui confèrent l’amplitude naturelle sur l’avant et sur l’arrière dont rêve tout rameur.

 

Sans hésitation, il réduit l’entraxe du bateau et adopte une entraxe minimale, ce qui  permet de diminuer la sensibilité à la gîte et d’augmenter encore l’amplitude de nage.

 

Afin de trouver l’amplitude maximale, il diminue raisonnablement le BLI sans sacrifier sa capacité à monter en cadence lors de l’enlevage.

 

1.2.3 – les autres profils : Un grand nombre de profils de rameurs s’intercalent entre ces deux rameurs. Ces profils tendent-ils en moyenne plutôt vers celui du profil de départ ou vers celui du profil idéal ? En clair, et notamment chez les loisirs, doit-on régler plutôt l’entraxe à une valeur maximale ou minimale ?

 

1.2.3.1 – si le bateau est affecté à un rameur ou à un équipage pour une compétition, il suffira de mesurer chacun des rameurs concernés et après quelques essais de déterminer l’entraxe la plus adaptée pour des compétiteurs; la recette consiste à respecter le bon ordre de priorité lors de la mise en oeuvre des réglages du ou des rameurs dans le bateau; quand saura-t-on si le rameur est correctement réglé ? Dans l'absolu, lorsqu'il gagne la régate ; le deuxième d'une course a ainsi le droit de douter de la qualité de son réglage; exprimé autrement, la deuxième place ne démontre pas la qualité du réglage;

 

1.2.3.2 – si le bateau n’est pas affecté ou à usage des rameurs loisirs, il convient alors de tracer le profil type moyen du rameur ou de la rameuse loisir. Le bateau doit pouvoir être utilisable par tout le monde.

 

Taille : le rameur(se) a plus ou moins grandi, sa taille est moyenne ; ses bras de levier naturels (bras et jambes) ne lui permettent pas de ramer « long » ainsi qu’il conviendrait ; il ne possède pas d’amplitude naturelle ; il n’a pas les jambes assez longues pour repousser suffisamment son cale-pieds ; il a besoin que le matériel vienne à son secours ; pendant et après les entraînements (lorsqu’il y a un « débriefing » ce qui est rare chez les loisirs) il entend toujours le même refrain, « le bateau rame court », « c’était mou », « il n’y a pas de dynamique »

 

Puissance : le rameur(se) est plus ou moins entrainé (en moyenne 1 séance par semaine) ; il est bien loin d’exploser son temps sur 500 m ; il parvient difficilement lors d’une régate à conserver une cadence moyenne de 21 coups d’aviron par minute ; il paraît dès lors difficile d’envisager de réduire le bras de levier intérieur (BLI)

 

Technique : Le rameur loisirs moyen ne possède pas son « aviron d’or », possède parfois celui de « bronze » ou « d’argent » et souvent rien de tout cela ; le geste reste approximatif et perturbe souvent la gîte du bateau (« tu sais, quand tu as mal au dos en descendant du bateau »), la « passée » des mains est peu « catholique » ou « orthodoxe » ; et cette situation ne s’arrange pas si l’on s’amuse de surcroit à augmenter le recouvrement des avirons.

 

Maintenant que nous cernons un peu mieux le profil de notre rameur loisir, voyons quelle solution nous pouvons lui appliquer :

 

1 – il ne possède pas l’amplitude naturelle minimale suffisante pour ramer (2 solutions : réduire le BLI OU augmenter l’entraxe)

 

2 – il ne possède pas de puissance et ne parvient pas à augmenter la cadence (1 solution : augmenter le BLI  ET  l’entraxe)

 

3 - Il préfère si possible un recouvrement limité afin de faciliter le passage des mains  mais sans diminuer le BLI car il n’a pas assez de puissance, donc solution augmenter l’entraxe

 

DONC la solution commune qui permet de répondre à l’ensemble des besoins du rameur loisir consiste à AUGMENTER L’ENTRAXE et non à la diminuer. L’augmentation de l’entraxe sans modifier le BLI va permettre de donner plus d’espace au rameur en position arrière ; il va pouvoir soit emmener les poignées plus loin sur l’arrière (amplitude arrière), soit repousser son cale-pieds ou partager ces deux effets ;  in fine, il va augmenter son amplitude de nage qui était limitée par sa morphologie.

 

En apparence cette solution semble contraire aux recommandations de la littérature aviron qui ne s’intéressent qu’aux grands gabarits puissants qui possèdent déjà l’amplitude morphologique naturelle nécessaire à une bonne dynamique de bateau, et la force pour supporter une réduction du BLI.

 

 La contradiction n’est qu’apparente, car le cas est différent ; la diminution de l’entraxe est associée ici (littérature aviron) à une diminution de BLI.

 

Il ressort de cette analyse que la solution de l’entraxe minimale peut constituer la réponse attendue chez un rameur qui possède le profil idéal en termes de taille, de puissance et de maîtrise technique ; elle paraît en revanche ne pas constituer la solution pour une population de rameurs moyens au regard des différents paramètres de profil évoqués.

 

Attention donc,  les recommandations en termes de réglage de l'entraxe , destinées à une population de compétiteurs profilés ne peuvent pas être transposées à une population « loisir ».

 

Merci de me faire part de vos commentaires et/ou expériences en la matière, votre avis m'intéresse.

 

Juste pour le plaisir de papoter aviron.

 

Bonne lecture,

 

JF

 

Quelques commentaires annexes:

- il convient parfois de distinguer deux notions d'amplitude, la première notion résulte de la morphologie du rameur, on peut parler d'amplitude morphologique du rameur ou d'amplitude du geste, la seconde notion que j'appellerai l'amplitude de nage résulte de la combinaison de la première notion et des réglages adoptés dans le bateau (cale-pieds, BLI, entraxe), ne les confondez pas, soyez vigilants dans votre analyse;

- j'ai relevé dans le n°20 d'avril 2004  de AVIRON "La revue des entraineurs" (page 11 encore disponible sur internet), les précisions suivantes... "Le réglage de l'entre axe dépend de la morphologie du rameur. De 158 cm pour un rameur de petite taille à 161 cm pour un rameur de plus grande taille..."; je suis désolé mais la logique de l'analyse m'amène à la conclusion inverse à BLI constant (réduction de l'entraxe non accompagnée d'une réduction de BLI); le sujet est traité beaucoup trop rapidement dans la revue et induit en erreur l'entraîneur de club qui règle le bateau en mode automatique... la question est grave, nous parlons des 3 ou 4 cm qui contribuent au confort et à la dynamique du rameur et du bateau... cher contradicteur, je suis à ton écoute... 

- il me reste quelques classiques du genre sous la main; voyons les repères rappelés dans le livre "L'aviron" aux éditions VIGOT de Olivier GOURAUD, Olivier LEVRAT et Charles IMBERT, page 109... l'entraxe indiquée varie  en "quatre" de 160 cm chez les minimes à 156 cm chez les seniors...ce qui signifie bien que l'évolution naturelle du rameur le conduit d'une entraxe maximale (petit gabarit en début d'apprentissage) à une entraxe minimale (rameur chevronné).... le rameur petit et/ou non aguerri adopte un grand BLI et une grande entraxe, le  grand rameur aguerri  peut adopter un BLI plus court et une entraxe réduite, la réponse technique est issue directement de la logique... à vos clefs à molette, vous pouvez modifier vos réglages si vous étiez abonnés à la Revue des Entraineurs; le n°20 de 04/2004 n'est pas pertinent sur ce sujet.

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